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Comment progresser dans le développement d’une stratégie culturelle européenne? Imprimer
Juste avant que la Suède ne prenne la tête de l'UE le 1er juillet dernier, un échange animé, relayé par différents journaux importants et des chaînes de radio et de télévision, a eu lieu entre le Ministère suédois de la Culture et des représentants du secteur culturel.

Dans ce cadre, le gouvernement suédois s'est vu critiqué pour son manque apparent d'intérêt pour le développement des politiques culturelles internationales et plus particulièrement européennes. En effet, la culture n'apparaît pratiquement pas à l'ordre du jour de la présidence suédoise de l’Union et l'investissement de la Suède dans les relations internationales ne représente qu'une partie très limitée de son budget culturel annuel.

La Communication sur la Culture, publiée par la Commission européenne en 2007, a créé certaines attentes en nous promettant une politique culturelle mieux coordonnée au niveau européen. Mais cette perspective reste une question épineuse pour nombre d’Etats membres, qui considèrent toujours la politique culturelle comme un privilège national. Dans l'ensemble, les réactions ont toutefois été positives, et la Communication a renforcé le débat au niveau national sur le rôle de l'UE dans le développement des stratégies culturelles.

Dans ce contexte, ces quelques extraits du débat suédois (Svenska Dagbladet, juin/juillet 2009) illustrent peut-être un changement de tendance, mais ils révèlent également la passivité embarrassante de la part de certains gouvernements nationaux:

Lena Adelsohn Liljeroth (Ministre suédoise de la Culture) et Cecilia Magnusson (présidente de la Commission Culture du Parlement suédois) écrivent:

“… Le 12 juin dernier, un article est paru sur le manque d'intérêt de nos eurodéputés pour les questions culturelles. Si c'est le cas, c'est regrettable.

Nous savons tous que différentes expressions culturelles … peuvent bâtir des ponts entre les peuples et les pays. La culture est donc extrêmement importante pour l'Europe, ce continent en proie aux guerres et aux conflits depuis des millénaires. Nous avons parfois tendance à croire que nous sommes plus différents que nous ne le sommes en réalité. Même si nous parlons différentes langues et croyons en différentes valeurs religieuses, nous avons plus de points communs que de différences. Nous partageons la même histoire européenne. C'est pourquoi il est bon de partager aussi une seule et même stratégie européenne pour la politique culturelle.

Pour la période 2007-2013 (note de Culture Action Europe: une confusion entre le Programme Culture et l'Agenda européen de la Culture?), la Commission européenne a, pour la première fois, mis au point une stratégie culturelle présentant la culture comme un facteur de croissance et un outil dans les relations de l'UE avec le reste du monde. Il s'agit là d'un objectif avec lequel nous, les Conservateurs, sommes parfaitement d'accord. L'UE ne joue pas et ne devrait pourtant pas jouer un rôle législatif dans le domaine culturel. Cependant, nous pensons que des expressions culturelles variées sont des outils importants pour mieux nous comprendre."


Chris Torch, directeur d'Intercult et vice-président de Culture Action Europe répond:

“Le bateau s'apprête à quitter le port, avec à son bord des centaines d’eurodéputés qui ont la lourde tâche de réaliser le projet européen. Parmi les passagers, 18 sont suédois, et aucun ne veut rejoindre la Commission Culture et Education à Bruxelles. C'est tout à fait regrettable.

En soulignant le pouvoir de la culture et l'avenir de l'Europe, Lena Adelsohn Liljeroth et Cecilia Magnusson adoptent un nouveau discours qui ne peut que nous réjouir. C'est la première fois depuis l'adhésion de la Suède à l'UE que notre gouvernement, notre Ministre de la Culture, s'exprime avec autant de clarté."


Lena Adelsohn Liljeroth et Cecilia Magnusson écrivent:

“Il y a beaucoup de langues et de religions différentes en Europe et, parallèlement à une histoire européenne commune, chaque nation a sa propre histoire. Malheureusement, il existe également des préjugés et des idées préconçues entre les pays. La meilleure façon de les combattre est d'utiliser le dialogue et l'échange – le dialogue interculturel. C'est en ce sens que la culture peut contribuer au renforcement de la collaboration européenne. La présidence suédoise de l'Union nous offre la possibilité de renforcer le rôle de la culture en Europe, de l'utiliser comme catalyseur de croissance et de créativité. Par ailleurs, on n'insistera jamais assez sur le rôle primordial de la culture dans les relations extérieures de l'UE."


Chris Torch répond:

“Mmes Liljeroth et Magnusson identifient plusieurs raisons de nous engager activement. Elles présentent la présidence suédoise de l'UE comme une opportunité de renforcer le rôle de la culture en Europe. Mais où sont les propositions concrètes? La présidence suédoise ne fait aucune promesse en matière de culture. Elle la mentionne à peine dans son ordre du jour.

Pour que la Suède puisse mettre en oeuvre une politique culturelle européenne, le gouvernement doit s'investir aussi à l'échelle nationale, et ce pour deux raisons. Premièrement, pour envoyer un message à nos nouveaux eurodéputés: la culture est une question transnationale importante, et nous voulons y être impliqués. Deuxièmement, les producteurs suédois souhaitant travailler à l'échelle internationale devraient bénéficier de meilleures conditions pour le faire."

Enfin, Lena Adelsohn Liljeroth et Cecilia Magnusson écrivent:

“L'idée fondamentale de la création de l'UE était d'éviter la guerre, entravant ainsi l'émergence de régimes totalitaires et autoritaires. Nous avons souvent tendance à oublier cette idée dans le débat européen d'aujourd'hui. Nous vivons dans un monde instable et agité – en proie à l'oppression, aux menaces nucléaires et à l'extrémisme politique – et il faut continuer à nous rappeler mutuellement la raison pour laquelle l'UE a été créée. C'est l'idée d'une paix durable qui est à la base de cette collaboration.

Grâce à la culture sous ses nombreuses formes, nous pouvons transmettre cette histoire commune, contribuant ainsi à mieux comprendre et à respecter davantage le projet européen."


Chris Torch répond:

“Si l'Europe n'est pas un projet culturel – alors elle n'a aucune raison d'être.

Lena Adelsohn Liljeroth et Cecilia Magnusson, vous avez suffisamment d'influence politique non seulement pour parler en toute connaissance de cause, mais aussi pour soutenir les idées que vous venez vous-mêmes de présenter. Quelle est la prochaine étape?"


L'approche du Ministère suédois de la Culture, décrite à travers les quelques interventions ci-dessus, souligne la difficulté de coordonner les politiques culturelles nationales aux nouveaux objectifs européens.

La politique culturelle est généralement définie à différents niveaux politiques, non seulement en Suède mais dans de nombreux pays d’Europe: le niveau local/urbain, le niveau régional, le niveau national et enfin le niveau européen. Cette diversité des lieux de prises de décision comporte un réel danger: les politiques sont souvent élaborées indépendamment, sans véritable dialogue entre les différentes instances politiques.

Une étude récemment publiée en Suède sur la politique culturelle nationale proposait le terme d’"architecture de la politique culturelle" pour désigner la structure du processus de décision: qui fait quoi, qui assume la responsabilité des décisions, et comment la coordination entre les différents niveaux est-elle assurée.

Selon moi, ce terme comporte une opportunité considérable. S'il existe une "architecture de la politique culturelle", cela implique que les choix sont basés sur une structure, un tout. Or, pour structurer quelque chose, il faut savoir quel rôle jouera cette nouvelle construction. Quels sont ses objectifs? Quelle place pour les Arts et la Culture dans le Projet européen? Divertir les foules? Favoriser le développement économique? Sauvegarder le patrimoine national et culturel? Promouvoir la citoyenneté et la participation?

Il est temps de mettre au point un effort coordonné. Qui compose le paysage culturel? Quels rôles les autorités municipales veulent-elles jouer? Et les régions? Et les gouvernements nationaux? La Commission européenne peut-elle réellement prendre des décisions en matière de développement culturel?

Tout cela ne peut se faire sans une certaine harmonisation. Dans le même temps, il est essentiel de déléguer les pouvoirs et l'influence. Certaines questions culturelles seront mieux gérées au niveau local et régional, tandis que d'autres nécessitent un consensus plus large car elle définissent l'avenir du projet européen.

Ce travail ne peut être réalisé que par Culture Action Europe et ses organisations membres. Pour nous préparer au mieux à cette tâche essentielle, nous devons renforcer notre voix et notre influence au niveau national, régional, et à Bruxelles.

Nous en saurons plus dans les années à venir, tandis que nous nous approchons de 2013 et des prochaines négociations du budget septennal de l’UE. Des négociations qui ne seront certainement pas tendres pour le Programme Culture.

Il est temps de nous appliquer dans notre rôle d'"architectes", sans quoi nous pourrions bien nous rendre compte que nous avons bâti notre maison européenne sur des sables mouvants, sans communication appropriée entre les pièces et sans les espaces publics dont nous rêvons.


Chris Torch
Directeur artistique - INTERCULT
Vice-président - Culture Action Europe