| Récession: transformer une ménace en opportunité |
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Le cas particulier de l'Europe centrale et orientaleAprès ces dix mois épouvantables, personne ne peut encore évaluer l'étendue des dommages que la récession actuelle a causé à l'infrastructure culturelle européenne. Les économistes de la culture devront encore décortiquer les statistiques nationales pour évaluer les pertes d'emploi, les réductions budgétaires, les diminutions de subventions, le recul du sponsoring, la diminution du volume de la production culturelle, … ; tous ces projets, premières, expositions, festivals et autres programmes qui n'ont finalement pas eu lieu. De la même manière, nous n'avons encore aucune indication quant à une éventuelle diminution – si diminution il y a – de l'audience des institutions culturelles, due à la nervosité des consommateurs et à des schémas de dépenses modifiés. En l'absence de données concrètes et de perspectives claires, nous ne pouvons émettre que des hypothèses. Bon nombre d'institutions culturelles publiques n'ont pas encore vu leurs subventions diminuer car les postes budgétaires pour 2009 étaient déjà plus ou moins établis lorsque la crise est survenue, en septembre 2008. La tendance générale des gouvernements nationaux à relancer l'économie en augmentant les dépenses publiques n'exclut toutefois pas de nouvelles réductions de subventions en 2010 – surtout à l'échelle régionale et locale – ce qui aurait pour effet de rendre les institutions culturelles publiques moins efficaces et de miner le rapport entre les frais généraux et les dépenses de programmation. Ce scénario est déjà en marche dans les économies plus fragiles - et hors de la zone euro - d'Europe centrale et orientale, où les gouvernements ont dû réduire leurs déficits budgétaires pour pouvoir bénéficier des aides d'urgence du Fonds monétaire international, ce qui a entraîné une nette diminution des dépenses publiques, notamment en matière de culture – les mesures les plus drastiques ayant été prises en Lettonie (jusqu'à 40% de diminution). La chute vertigineuse des finances publiques affectera donc les organisations culturelles dans cette région, et peut-être ailleurs, tout au long de l'année 2010 et certainement même au-delà. Les organisations les plus vulnérables semblent être les ONGs culturelles d'Europe centrale et orientale, établies ces 20 dernières années, après la chute du communisme. Ces ONGs ont développé une production culturelle différente, innovante, critique, et tournée vers le monde, et ont survécu grâce à des partenariats avec l'étranger, à des subventions de fondations, aux ambassades occidentales et aux budgets des agences culturelles. Ce n'est que plus tard qu'elles ont obtenu un accès limité aux subventions publiques accordées à des projets spécifiques. Seule une poignée d'entre elles ont décroché une promesse de subvention sur 3 ans de la part d’autorités publiques qui ont vu leurs enveloppes budgétaires s’évaporer, tout comme la plupart des fonds destinés à financer des projets. Si ces organisations bénéficiaient autrefois du sponsoring, la plupart du temps en nature, cette option est pratiquement exclue aujourd'hui, en raison de la crise elle-même. Les partenaires étrangers, également en proie à des difficultés financières, tendent aussi à investir moins dans les partenariats et autres actions de solidarité. Le véritable danger est qu'une grande partie de cette infrastructure culturelle dynamique ne survive pas à la récession. Ce qui manque en ces temps de crise ce sont de grandes plateformes de défense des intérêts du secteur – à l'échelle nationale, régionale et locale – formulant de façon stratégique et commune leurs besoins, affirmant le rôle spécifique de la culture non-commerciale et agissant comme interlocuteurs engagés et qualifiés des autorités publiques pour aider celles-ci à renouveler et moderniser les systèmes culturels existants. En Europe centrale et orientale, les ministères de la culture payent aujourd'hui le prix fort pour avoir maintenu une attitude opportuniste au cours de ces 20 dernières années et pour avoir évité une réforme radicale de l'infrastructure culturelle et des politiques culturelles héritées du communisme. À l'heure actuelle, ils n'ont pas d'autres solutions que de réduire encore et encore leurs dépenses. Les plateformes de défense des ONGs sont indispensables pour élaborer des stratégies de survie basées notamment sur le partenariat, la formation de consortiums et d'alliances, la connectivité transectorielle ou tout autre idée susceptible de promouvoir une vision transversale de la culture au lieu de multiplier les voix, faibles et isolées. Dans ce contexte, le Fonds d'Urgence proposé par le philanthrope américain George Soros, offre de nouvelles perspectives. M. Soros a mis $ 100 millions à la disposition de son réseau de fondations et de programmes thématiques, l'Open Society Institute, pour 2009 et 2010. Si ce Fonds est en premier lieu destiné à atténuer les effets de la crise dans 20 pays en matière d'exclusion sociale et de pauvreté, il inclut également les ONG culturelles comme bénéficiaires éventuels. Les fondations nationales de l'OSI sont chargées d'attribuer les subventions allant jusqu'à $ 25 000, tandis qu'un comité du Conseil de l'OSI se charge, via le bureau OSI de Budapest, des subventions de $ 25 000 et $ 100 000. Cet argent n'est pas destiné au secteur privé, comme c'est souvent le cas, ou au financement de projets modestes et ad hoc, mais bien à de nouvelles initiatives, mettant en relation des acteurs culturels, renforçant leurs liens avec d'autres forces de la société civile, et promouvant la participation, la décentralisation, et les liens artistiques et culturels. Espérons que les acteurs culturels qui se réuniront à Bruxelles fin septembre pour le Forum européen de la culture passeront le message à la Commission européenne et au nouveau Parlement européen de la vulnérabilité de l'infrastructure culturelle en Europe, et plus particulièrement en Europe centrale et orientale, première victime de la récession. Espérons qu'ils puissent aussi leur expliquer à quel point il est essentiel que l'UE entreprenne des actions spécifiques à la hauteur de ce que font des philanthropes isolés tels que George Soros. Une telle intervention est d'autant plus indispensable que d'autres grands acteurs européens tels que les fondations privées ou EUNIC n'ont entrepris aucune action significative pour contrer la crise et ses terribles conséquences. Les organisations et initiatives culturelles indépendantes pourraient sortir plus fortes et plus résistantes de cette crise économique si elles comprennent que leur seule chance est de se connecter, d'interagir, et de former des synergies et des alliances, au lieu de mener un combat solitaire en opérateur isolé et désespéré. Dragan Klaic est un spécialiste du théâtre et un analyste culturel basé à Amsterdam. Il est également l'un des anciens présidents du Forum Européen pour les Arts et le Patrimoine, désormais connu sous le nom de Culture Action Europe (www.draganklaic.eu) |