| De l'éducation artistique à l'éducation artistique et culturelle? |
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2nde Conférence Mondiale UNESCO sur l'Education Artistique: de l'éducation artistique à l'éducation artistique et culturelle?Pratiques, plaidoyer politique, développement des compétences et formulation d'objectifs de développement pour l'éducation artistique : tels étaient les principaux enjeux évoqués lors de la 2nde Conférence Mondiale UNESCO sur l'Education Artistique qui s'est tenue à Séoul, en Corée, du 25 au 28 mai 2010. Quelques 2000 participants issus de plus de 100 pays, dont 20 étaient représentés par leurs ministres de la Culture et/ou de l'Education, ont débattu de la Feuille de route sur l'éducation artistique, qui constitue le résultat concret de la 1ère Conférence Mondiale UNESCO tenue à Lisbonne en 2006. Des représentants de nombreux pays issus de différents continents ont expliqué que la Feuille de route leur a permis d'inscrire l'éducation artistique à l'ordre du jour politique de leurs pays respectifs, et qu'elle a servi de base pour la mise en œuvre de nouvelles stratégies et de nouveaux programmes en matière d'éducation artistique. A Séoul, nous avons pu constater que la vision UNESCO de l'éducation artistique avait évolué depuis 2006. A Lisbonne, l'approche de l'UNESCO était plutôt étroite et se limitait à l'enseignement dans les systèmes scolaires des formes occidentales de théâtre, de musique, de danse et arts visuels. A l'époque, des représentants de pays du Sud et de l'Est avaient dû batailler ferme pour convaincre l'assemblée d'élargir sa vision à une approche plus culturelle, de façon à inclure par exemple les nombreuses activités éducatives non formelles menées par des organisations non gouvernementales ou des centres artistiques locaux. Ce débat entre différentes approches de l'éducation artistique n'a pas dû avoir lieu de nouveau à Séoul, de sorte que les participants à la conférence ont pu consacrer leur temps, cette fois, à unir leurs forces pour trouver comment mieux défendre l'éducation artistique aux niveaux local, régional, national et international. Dans l'un des 25 ateliers proposés, intitulé "Impact des recherches sur la mise en place de politiques sur l'éducation", des représentants coréens ont décrit leur approche très pragmatique de la stratégie nationale d'éducation artistique développée ces 10 dernières années, et plus particulièrement la mise en place du Service Coréen d'Education Artistique et Culturelle (KACES). En plus des activités artistiques dans le système scolaire, la Corée propose également des activités culturelles extrascolaires, qui ne font pas partie nécessairement de la tradition culturelle du pays mais permettent de toucher des publics cibles différents de ceux généralement touchés dans les écoles ou les universités. Pour que de telles stratégies nationales en matière d'éducation artistique et culturelle soient un succès, il est bien entendu indispensable que des recherches scientifiques universitaires soient disponibles, afin de pouvoir comprendre et gérer le cadre très complexe des projets d'éducation artistique. Parmi ces recherches professionnelles, on peut noter l’étude "Dynamic markers for arts education", menée et présentée à Séoul par la Murdoch University (Australie). D'autres projets de recherche présentés lors de la conférence se sont cependant révélés plutôt décevants : des études intéressantes, développées avec les étudiants des universités, mais qui ne sont en fin de compte rien qu'un projet pratique d’éducation artistique de plus, et qui justifie souvent son succès avec les mêmes arguments que ceux utilisés par les professionnels de l'éducation artistique. Cette démarche ne peut réellement être considérée comme une recherche scientifique, et n'est d'aucune utilité pour bâtir de nouvelles stratégies et programmes politiques. Le Professeur Eckart Liebau, responsable de la Chaire UNESCO en éducation artistique récemment créée à l'Université d'Erlangen/Nuremberg (Allemagne), a donc insisté, lors de son intervention en séance plénière, sur la nécessité de clarifier les termes, les concepts et les approches de recherche dans le champ très étendu de l'éducation artistique et culturelle. A titre d'exemple, différents projets de glossaires sur l'éducation artistique ont été mis en parallèle lors de la conférence. Ce n'est qu'en se basant sur des résultats de recherches pertinents et en utilisant une terminologie claire que la communauté scientifique pourra réellement contribuer au développement de l'éducation artistique et à la mise en place d’un cadre politique plus favorable à l'éducation artistique et culturelle dans les écoles, les centres artistiques locaux, les projets d'ONG et tout autre cadre non officiel. Lors d'une séance spéciale consacrée au rôle des fondations et des ONG, l'Alliance Mondiale pour l'Education Artistique (WAAE) a été présentée aux participants. Au cours de cette réunion, BKJ – la Fédération allemande pour l'éducation artistique et l'apprentissage culturel – a demandé que l'un des points faibles de la WAAE soit résolu, à savoir que ses membres représentent essentiellement les enseignants de différentes formes d'art. Il est urgent d'élargir la représentativité de la WAAE afin que les institutions artistiques, les artistes, les centres artistiques locaux et d'autres acteurs du secteur de l'éducation artistique non officielle puissent également faire entendre leur voix et unir leurs forces au niveau mondial. Lors d'une autre séance spéciale de la conférence, baptisée "discussions par groupes régionaux", l'Europe et l'Amérique du Nord – représentant un seul et même groupe régional – ont échangé leurs informations et expériences sur les récentes évolutions du secteur de l'éducation artistique. Les Etats-Unis étaient essentiellement représentés par des universités et par quelques rares organisations de lobbying en matière d'éducation artistique aux niveaux étatique et fédéral. Dans le domaine de l'éducation artistique, les Etats-Unis ne semblent toujours pas s'impliquer pleinement dans les processus UNESCO, après tant d'années de désengagement. Au cours de cette séance, les participants européens ont rendu compte des trois réunions préparatoires à la Conférence Mondiale tenues à Wildbad Kreuth et à Berlin en 2008 et 2009. ACEnet et l'importance données à "l'accès à la culture" dans l'Agenda Européen de la Culture ont également été abordés. Le dernier jour de la conférence visait à élaborer des objectifs de développement pour l'éducation artistique, qui viendront remplacer la Feuille de route sur l'éducation artistique et concrétiser les revendications en matière d'éducation artistique. La version officielle de ces objectifs de développement, baptisée "Agenda de Séoul", n'est pas encore disponible, mais devrait comporter des formulations très claires que Culture Action Europe et ses membres pourront utiliser et défendre ces prochaines années lors de leur action de plaidoyer politique aux niveaux européen, national et local. La dernière version provisoire des objectifs de développement était formulée comme suit:
Rolf Witte Responsable des relations internationales de BKJ – Fédération allemande pour l'éducation artistique et l'apprentissage culturel – et membre du Comité exécutif de Culture Action Europe. |