| Le rôle de la culture dans l'expérience démocratique |
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Culture Action Europe est un ardent défenseur du rôle central des arts dans nos sociétés. Au niveau européen, plus particulièrement, les membres de notre plateforme savent combien il est important de soutenir et de développer les espaces de création et d’expression artistiques, qui contribuent à la poursuite de valeurs européennes fondamentales telles que l'égalité, l'inclusion sociale ou la participation citoyenne. Le rôle de la culture dans l'expérience démocratique doit rester au cœur des débats européens. Birgitta Englin, directrice du Riksteatern, le Théâtre itinérant suédois, nous offre dans l’article qui suit de quoi continuer à alimenter notre réflexion et nos actions.
Le principal atout de la démocratie est d’être un processus en expérimentation constante. Ce qui peut être considéré comme une solution optimale par certains peut souvent rendre les choses plus difficiles pour d’autre. La démocratie consiste à développer un système qui présente à la fois des déficiences et des opportunités. La démocratie n’est donc pas un appareil hermétique à la société et ne peut être développé en isolement. La démocratie est un vaisseau, un cadre, appelez cela comme vous voudrez, auquel nous donnons un contenu.
Le principal atout de la culture est de pouvoir influencer tous systèmes de pouvoir, y compris les systèmes antidémocratiques. Elle peut influencer le rythme de développement des individus et des sociétés. Que vous jouiez une pièce dans un appartement à Minsk, que vous peigniez une aquarelle à Gdansk, que vous faites des pointes à Nairobi ou que vous taguiez un mur de béton à Göteborg, toutes ces différentes formes d’expression culturelle rendent nos aspirations et nos envies de changement visibles. Un changement par rapport à ce que nous connaissons et à ce que nous avons connu.
En plus de nos théâtres, salles de concert, musées, galeries, cinémas ou bibliothèques, la culture contemporaine est composée de communautés virtuelles, émanant de la propre initiative de leur créateurs. Une sphère culturelle autonome, qui n’attend aucune approbation d’une instance supérieure, a été inventée. L’internet est le nouveau niveau local. Une nouvelle réalité où ma fille de 18 ans discute de la fanfic qu’elle voudrait béta-lire avec un professeur d’université britannique qui est tout aussi actif dans ce monde. Les barrières économiques, générationnelles, géographiques ne présentent plus aucun obstacle à leur interaction culturelle ou à leur créativité.
La culture est une interface pour les personnes qui veulent se rencontrer – dans la vie réelle ou de façon virtuelle. Des territoires sont connectés à d’autres territoires aux quatre coins du globe, et la culture opère ‘glocalement’ – localement et globalement simultanément. Ces points locaux sont reliés à d’autres points locaux du monde, et la culture, tout comme la société, opère désormais au niveau glocal – c’est-à-dire à la fois aux niveaux local et global. Dans cet espace, la culture a rejeté le rôle des ‘gardiens du temple’ tels que moi, à la tête d’une des plus grandes institutions théâtrales en Suède au sein de laquelle j’ai la responsabilité de déterminer les priorités et de décider sur les contenus.
Le défi de la politique culturelle aujourd’hui est de développer les ressources individuelles au service du niveau glocal dans son ensemble. Le défi des institutions culturelles traditionnelles est de mettre en relation les individus qui peuplent ces univers. Il existe une volonté de rassembler le virtuel et le réel, l’imaginaire et le tactile, et les institutions culturelles traditionnelles ont un rôle à jouer.
Il n’est pas trop tard pour ces institutions culturelles de saisir cette opportunité et de se transformer en terrain utile d’expérimentation où de nouvelles idées pourraient être testées sans aucune condition, facilitant le dépassement de nos propres frontières.
Si ces institutions sont incapables de devenir ces terrains d’expérimentation, les citoyens vont perdre une connexion importante à l’art et au patrimoine culturel et donc seront privé de la possibilité de la reconstruire. Et nous devons la reconstruire. Tant que l’expérience démocratique perdura, nous devrons sans arrêt créer et recréer l’art, réécrire l’histoire et ajouter de nouvelles perspectives au patrimoine.
Le secteur culturel traditionnel pourrait devenir ce terrain d’expérimentation s’il s’ouvrait et commençait à coopérer avec ceux qui ont testé et sont maintenant aux commandes des espaces démocratiques d’interaction culturelle ; espaces où la culture institutionnelle et financée par des fonds publics n’en est qu’à ses premiers pas. ou la culture institutionnelle n’en sont qu’à leurs débuts. Le rapprochement de ces deux univers est indispensable si le secteur culturel traditionnel veut continuer à jouer un rôle d’importance dans notre société ‘glocale’.
Nous, qui travaillons dans le secteur culturel, avons accès à tous le soutien nécessaire si seulement nous nous attelons à cette tâche avec honnêteté. Si nous abandonnons l’idée que la culture et les arts reflètent la société. Nombreux sont ceux qui participeront et développeront notre secteur si nous abandonnons la conviction que notre art est un miroir : NOUS savons ce que VOUS vivez.
Nous n’avons pas besoin d’un public remplissant les salles afin de refléter notre interprétation de leurs vies. Nous avons besoin du public afin de participer au développement de ce qui n’existe pas encore. Le secteur culturel peut changer en en s’ouvrant à différentes formes et différents niveaux de communication. Nous pouvons passer d’une d’une approche didactique à une approche basée sur la participation.
L’influence et la participation sont aujourd’hui considérées comme de potentiels facteurs de développement d’une sphère artistique plus attirante et pertinente. Ces termes sont très à la mode sur la scène politique. Participation. Influence. Mais les mots à la mode sont rarement mis en pratique. Nous avons besoin de changement ! Même dans le monde des arts et de la culture. Particulièrement dans le monde des arts et de la culture !
Depuis les années 1950, le QI moyen a augmenté dans le monde entier de trois points tous les dix ans! Nous sommes confrontés à un public habitué à faire ses propres choix. Nous avons affaire à des citoyens de tout âge, milieu social et culturel, créatifs et innovants. La culture traditionelle n’a pas réussi à suivre cette évolution. Les nouvelles technologies de communication ont rendu possible la transparence et un dialogue au-delà d'une multitude de frontières. Il n'est plus acquis que la culture va être créée ou consommée dans les espaces conçus à cet effet. Un peu de débrouille et une pointe de nouvelle technologie suffisent à offrir à tout un chacun une culture qui n'est plus soumise à l'approbation des ‘gardiens du temple’.
Nos politiques culturelles doivent être prêtes à répondre aux besoins et à soutenir la volonté du public à prendre une responsabilité dans notre futur ‘glocal’. Dans le cas contraire, un notre développement global sera sérieusement freiné. Le principal atout de la démocratie est d’être un processus en expérimentation constante. Le principal atout de la culture est de pouvoir influencer tous systèmes de pouvoir.
Article de Birgitta Englin, directrice du Riksteatern, le Théâtre itinérant suédois.
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