| Le nouveau Parlement européen – perspectives, défis et opportunités - Par Ferdinand Richard |
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Les récentes élections européennes et le bienheureux résultat des listes Vertes vont possiblement changer la donne culturelle au sein des institutions européennes. En particulier, cette nouvelle configuration parlementaire et l'adoption possible du Traité de Lisbonne peuvent faire espérer pour la chose culturelle des décisions à la majorité qualifiée, mettant enfin un terme à la situation de blocage quasi-permanent liée aux décisions à l'unanimité, pratiquement impossibles lorsque 27 Etats membres ont à se prononcer. En 1994 déjà, les réseaux culturels européens avaient échoué dans leur tentative de faire sauter ce verrou. L'éventualité de plus en plus probable d'une présidence Verte à la Commission Culture du Parlement européen ne fait que renforcer les espoirs de la grande majorité du monde culturel européen. Pour autant, ayant été délégué de mon parti dans les bureaux de vote des quartiers populaires de Marseille, j'ai pu, une fois de plus, mesurer douloureusement le gouffre qui sépare l'Europe des classes moyennes et supérieures (dites "cultivées") des classes populaires, de plus en plus fragilisées, exclues des processus qualifiants, proies faciles du populisme et de la télévision. Aujourd'hui, la toute première mission de l'action culturelle ne me semble plus être l'aide à la création, mais une résistance forcenée à une dangereuse berluconisation, qui, si elle nous submerge, prendra les artistes pour première cible. Face à cette perspective, trois commentaires s'imposent: - Cette possible présidence Verte de la Commission culture ne doit pas nous faire oublier l'absence même du mot "culture" dans le Manifesto des Verts européens écrit à l'occasion de ces dernières élections. Plus qu'un désintérêt des candidats Verts pour la Culture (mais je crois savoir qu’à travers toute l’Europe l’ensemble des listes en présence ont montré la même frilosité), il faut y voir une forme de positionnement négatif, la Culture n'étant pas "opportune" en terme de carrière politique personnelle, puisque condamnée dès le départ par cette contrainte de l'unanimité. Ceci l'a donc enfermée dans un cercle vicieux, puisque sans porte-parole, sans combattant pour la défendre, la Culture avait encore moins de chance de passer la barre du vote à la majorité qualifiée... Et, puisqu’il faut aussi balayer devant notre porte, ceci souligne cruellement notre absence auprès des candidats pendant la préparation de la campagne. - Dans une perspective de plus long terme, il apparaît indispensable de comparer de manière détaillée comment se répartit la compétence culturelle entre les différents échelons territoriaux de ce continent. Même si, à certains égards, elle peut représenter une richesse d'expériences, cette diversité de dispositifs nécessitera de la part de Culture Action Europe de faire des préconisations cohérentes et viables à travers l'ensemble du continent, afin d'atteindre pour la Culture le plus possible d'efficacité, de démocratie, et de prépondérance dans les politiques générales de l'UE (je pense en particulier à la généralisation de son inscription dans les programmes européens de toute nature). Ceci est un vaste chantier qu'il convient d'entamer sans plus tarder avec les institutions européennes. - L'espoir de pouvoir enfin énoncer des éléments communs de politique culturelle à l'échelon européen renforcera la légitimité et les missions des réseaux culturels du continent qui doivent, plus que jamais et dès aujourd'hui, se positionner en interlocuteur de référence des institutions européennes et du Parlement. Mais (j’avais eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises lorsque j’étais président du FEAP) un lobby n'est efficace que s'il se prépare aussi du point de vue de la « doctrine », qu'il faut obligatoirement énoncer en amont de la mise en œuvre de ce plaidoyer. En d’autres termes, sommes-nous sûrs de tous vouloir la même chose ? Et que voulons-nous? Puisque la période semble bien celle d’un changement de paradigme, il est temps de faire nos choix. Ferdinand Richard, 13 juin 2009 |