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La Stratégie de Lisbonne de l'Union Européenne


Pour l’UE et dans le contexte de « la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi » en particulier, le débat sur l’économie de la culture et les industries culturelles s’est considérablement développé ces dernières années. Cet intérêts s'est matérialisé par l’étude de KEA Affaires Européennes sur l’économie de la Culture commandée par la Commission et publiée fin 2006.

Cette vaste étude envisage l’impact quantifiable et non-quantifiable du secteur culturel sur les objectifs de Lisbonne et fait une série de recommandations pour « une stratégie pour une Europe créative ». Elle s’intéresse à ce qu’elle appelle le secteur « culturel et créatif » et tente d’harmoniser ces deux concepts. Le « secteur culturel » recouvre, dans cette étude, les arts visuels, les arts du spectacle et le patrimoine mais aussi les industries culturelles (film et vidéo, jeux vidéo, radio, musique, livres et presse). Le « secteur créatif » est défini comme le secteur où la culture sert à la production de biens non culturel tels le design, l’architecture et la publicité. Les industries dépendantes des deux catégories ci-dessus sont également considérées dans l’étude. Le but du rapport est de démontrer l’impact du secteur culturel et créatif dans la réalisation des objectifs de « l’agenda de Lisbonne » et de faire des recommandations pour la mise en œuvre de ce même agenda. L’impact socio-économique quantifiable du secteur est ainsi chiffré : le chiffre d’affaires du secteur atteignit 654 milliards d’€ en 2003 ; il a contribué au PNB communautaire à hauteur de 2,6% ; sa croissance était supérieure de 12,6% à celle du reste de l’économie de l’UE ; 3,1% des emplois totaux dans l’UE (soit 5,8 millions de personnes) étaient occupés par ce secteur. La croissance du secteur entre 2002 et 2004 était de 1,85% c’est-à-dire plus forte que la croissance de l’économie européenne globale. La contribution non quantifiable aux objectifs de Lisbonne inclurait pour sa part l’impact sur les nouvelles technologies, qui ont connu, parallèlement, un boom de leur transmission et de leur contenu créatif ; la culture, en tant que facteur de re-localisation pour les entreprises, en renforçant l’attractivité locale et régionale ; la culture également en tant que moteur pour le développement du tourisme. L’étude observe aussi le rôle de la culture en tant qu’outil d’inclusion et de cohésion sociale à travers la possibilité d’initiative offerte à tous les acteurs socio-économiques pour mener un projet (par l’intermédiaire des centres culturels) ou les projets menés par les autorités politiques (telle la reconversion de sites industriels), comme une contribution considérable aux objectifs sociaux de l’agenda de Lisbonne.

L’étude fait un certain nombre de recommandations pour atteindre les objectifs de Lisbonne. L’agenda de Lisbonne devrait renforcer l’investissement dans la créativité tout en « améliorant la création, la production, la distribution, la promotion et l’accès aux activités culturelles et à leur contenu ». L’étude recommande des actions concrètes que l’UE pourrait mener : faire meilleur usage des programmes existants ( FP7, les fonds structurels, le soutien aux PME) ; recentrer le budget de l’UE équitablement entre la création et l’innovation ; renforcer le marché intérieur pour les personnes, les biens et les services créatifs (mobilité des artistes et des créateurs) ; promouvoir une éducation aussi bien axée sur la culture que sur la gestion en reliant les créateurs à la technologie (regrouper les compétences dans des « plateformes de créativité ») ; établir une banque d’investissements pour les industries créatives et intégrer la dimension culturelle dans tous les accords commerciaux et de coopération. L’étude de KEA proposer des étapes pour la réforme structurelle de la Commission. Elle prône une coordination renforcée, au sein de l’institution, des activités et des politiques ayant un impact sur le secteur culturel et créatif pour une meilleure interaction entre les institutions européennes et le secteur culturel et créatif, pour assurer sa propre représentation, et pour une mise en oeuvre complète et cohérente de l’article 151.4.

A la suite de la publication de cette étude, la Commission Européenne publia en mai 2007 une Communication relative à l’agenda européen pour la Culture à l’ère de la mondialisation dont l’un des trois objectifs consiste à faire de la culture « un catalyseur de la créativité dans le cadre de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi ». Quasi simultanément, le Conseil des Ministres adopta des conclusions sur la contribution des secteurs culturels et créatifs à la réalisation des objectifs de Lisbonne et en novembre 2007, le Conseil Européen a adopté l’Agenda Européen pour la Culture, approuvant l'objectif proposé par la Commission sur l’économie de la culture.

Depuis lors, l’activité européenne sur ce sujet s’est intensifiée. Le parlement européen a adopté en plénière le 10 avril 2008 un rapport sur "Les Industries culturelles en Europe", un groupe de travail composé d’experts des Etats Membres s'est réunit pour la première fois le 31 mars 2008 pour discuter de la question dans le cadre de la Méthode Ouverte de Coordination et une plateforme de la société civile sur les industries culturels et créatives va être mise sur pied pour favoriser la participation du secteur culturel et créatif aux débats.